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Fédération nationale des Victimes d'Attentats et d'Accidents ColLectifs
Soutien et défense de victimes
par des victimes depuis 1994.

Vie des associations

Cérémonie d’hommage aux victimes de l’accident de Brétigny

12/07/2017

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Discours de Thierry Gomes, président de l’association "Entraide et défense de victimes de la catastrophe de Brétigny"

12 JUILLET 2017,

Madame la ministre,
Mme la préfète,
Monsieur le Maire
Mesdames et Messieurs les élus
Monsieur le Président de la SNCF
Brétignolaises et Brétignolais
Mesdames, Messieurs

Aujourd’hui, nous sommes rassemblée en ce lieu, sur le parvis de la gare de BRETIGNY., pour que la nation, nos dirigeants élus ou nommés n’oublient pas ! ne nous oublient pas !

A ce titre, je remercie au nom des victimes toutes celles et ceux rassemblés ici de contribuer à cette mémoire ;

merci d’être là !

merci de votre soutien !

il y a quatre ans sur ces voies… juste là… derrière nous… il y a eu une tragédie sans précédent.

Un drame ferroviaire qui ôté des vies et meurtri des êtres.

Une tragédie qui a rappelé à tous les responsables du monde ferroviaire les limites qu’il ne fallait pas franchir.

Aujourd’hui, quatre ans après les familles pleurent encore leur enfant , leurs parents.

Pour ceux qui ont évité la mort, le traumatisme est encore présent et certains vivent dans une grande souffrance.

Encore et toujours, nous ne les oublions pas ;

Morgane, qui allait fêter ses 27 ans,
Brandon, 19 ans, Joueur de foot du club de Brétigny,
Vincent, 23 ans, était surveillant au lycée Jean-Pierre Timbaud,
Jean-Daniel, 64 ans, directeur dans une entreprise,
Régine 66 ans, mère de 4 enfants qui à l’hôpital succombait à ces blessures
Geneviève et Marc , mes parents
Pensons aussi à toutes les victimes gravement touchées physiquement et psychologiquement qui encore aujourd’hui mènent un combat journalier pour surmonter leur handicap ;

Patricia,
Olivier,
Irène,
Jean-Michel
Laurianne,
Aude,
et bien d’autres …

Nous n’oublions pas Camille victime elle-aussi qui s’était engagée à nos côtés pour la recherche de vérité et la défense des victimes…et qui nous a quitté l’année dernière emportée par une grave maladie. Nous pensons à sa famille.

Notre association, agréée par la justice, existe pour accompagner les victimes jusqu’au procès.
Sa légitimité et sa force, issues de son collectif assure la place des victimes au même rang que celle des deux autres entités historiques que sont l’accusation et la défense lors de l’instruction et surtout à l’audience du procès pénal.

C’est la préservation de cette troisième place, pleine et entière qui est aujourd’hui primordiale.

Au sein de la Fédération Nationale de Victimes d’Attentats et d’Accidents Collectifs, la FENVAC, notre association comme toutes celles qui ont été créées contribuent à des missions d’entraident, de solidarité, de vérité et de justice, de prévention et de mémoire.

Ces collectifs de victimes agissent pour les victimes et en toute indépendance dans leurs seuls intérêts.

A travers la FENVAC, les victimes montrent leur engagement auprès des autorités pour que de nettes progrès soient réalisés notamment en matière de gouvernance de la politique publique d’aide aux victimes, de la garantie des moyens consacrés à cette politique afin d’accompagner concrètement les victimes.

Les groupes de travail organisés par Madame MEADEL ! ex secrétaire d’état d’Aide aux Victimes ont permis de souligner un besoin d’une plus grande professionnalisation des acteurs et d’une plus grande homogénéité sur tout le territoire.

La création d’un secrétariat général d’aide aux victimes rattaché directement aux services du premier ministre était le garant d’une gouvernance plus stratégique pour une meilleure coordination du service public de l’aide aux victimes dans la mise en place de principes d’actions clairs et du contrôle de leur réalisation.

La refonte du guide méthodologique de prise en charge et d’accompagnement des victimes datant de 2004 est la traduction flagrante d’un dialogue obligatoire et constant entre les victimes et les gouvernances.

Trop de victimes ont souffert dans ces parcours longs et traumatisants.

Ces actions prennent toutes leurs importances aujourd’hui…jour de recueillement, d’hommage et de souvenir, à BRETIGNY.

C’est avec un très grand respect que je remercie la municipalité de Brétigny, représentée par Monsieur le Maire ; M. MEARY, qui chaque année, nous accompagne dans ces moments difficiles pour les victimes mais aussi pour les habitants de Brétigny, pour qui ce terrible drame reste une blessure.

Les victimes sont aux côtés des élus qui mènent une épreuve de force avec l’État pour que la régénération du réseau ferroviaire national et surtout d’ILE DE FRANCE se mette EN MARCHE ... contribuant aussi à la réhabilitation complète du nœud ferroviaire de BRETIGNY.

Quatre ans…

Quatre ans d’instruction judiciaire,

Quatre ans d’enquête pour comprendre les causes de cette catastrophe sans précédent sur le sol national.
Quatre ans de recherche de la vérité et des responsabilités.

Malgré notre colère, nous avons tenté de garder confiance.

Confiance dans nos gouvernants et dans les moyens qu’ils ont promis à la justice dans sa mission de vérité.

Confiance dans la SNCF et dans ses engagements de collaboration et de transparence, dans sa volonté d’accompagnement et de soutien des victimes, comme le symbolise... la présence de son président aujourd’hui à nos côtés.

Dans notre deuil et notre souffrance, nous avons promis à nos proches de leur expliquer pourquoi ils n’étaient plus parmi nous.

Les conclusions des rapports judiciaires et techniques ont été rendues.

Des demandes de complément d’instruction ont été demandées aux juges d’instruction ; souvent refusés d’ailleurs comme si leurs choix d’investigation leur paraissaient suffisants.

Au fait, si ! Une expertise complémentaire a été accordée sur demande des avocats de la SNCF alors que celles des victimes ont toutes été refusées.

Eh bien, nous respectons cette décision de mars dernier car elle va dans le sens de la recherche de la vérité. D’ailleurs nous restons persuadés que rien ne pourra remettre en cause les manquements constatés et reconnus depuis le premier jour par M PEPPY.

En revanche, les victimes pensent que toute les voies de la recherche de la vérité non pas été exploitées !

Manifestement les écoutes téléphoniques révèlent que ces manquements étaient connus mais sans qu’aucune mesure corrective ne soit appliquée. On a laissé les trains circuler à des vitesses excessives sur des installations fatiguées donc dangereuses.

Rappelons-le, ce 12 juillet le train est entré en gare de Brétigny à 137 km/h ,en pleine accélération pour atteindre les 150 km/h autorisé…autorisé sur un réseau malade et mal entretenu.

Nous regrettons profondément la distance et la froideur mise par les juges à l’égard les victimes, au risque de passer à côté d’une vérité complète.

Devant la catastrophe de Brétigny, La France a le devoir de s’engager à long terme sur le ferroviaire.

Il ne suffira pas de définir un semblant de stratégie mais une réelle volonté de privilégier le plus urgent pour assurer la sécurité des usagers.

Madame la ministre, les victimes attendent du pouvoir en place qui se veut réformiste, une continuité dans la réorientation des investissements sur l’entretien des infrastructures existantes.

Nous adhérons à vos propos repris dans un media :

« C’est important de ne pas tabler uniquement sur les nouvelles infrastructures, . Il y a des besoins sur les réseaux existants et il n’y a rien de plus mauvais que d’oublier l’entretien, la rénovation des réseaux. Forcément, la priorité, c’est de maintenir nos réseaux en l’état et de s’assurer que leur performance reste satisfaisante. »

Seulement nous gardons une certaine réserve :

L’ enjeux , c’est une chose ! Mais les moyens financiers et structurels en sont d’autres

Reste à savoir quelle sera la ligne du gouvernement concernant le désendettement de la SNCF, l’évolution du groupe ferroviaire, le financement du transport public, la concurrence du transport routier, ouverture des lignes à la concurrence à partir de 2020 pour le LGV et 2023 TER/INTERCITE , etc.
Quel sera son action pour résoudre la contradiction entre l’hypermodernité du réseau LGV et l’état du reste du réseau, sachant qu’il faudra consacrer les moyens suffisants à la régénération efficace du réseau, et faire des progrès importants en termes de performance industrielle.
Quel sera le plan d’action pour que ces deux éléments se complètent face à un secteur de maintenance et de travaux du groupe ferroviaire tendu en raison du coût des travaux nouveaux liés aux LGV construites.
Comment sera t-il possible d’assumer les coûts de régénération du réseau du quotidien ?
Pour rappel ; la dette totale de L’établissement public s’enflamme 50, 60 milliards dont les 2/3 pour SNCF RESEAU et en Ile-de-France, 40% des voies et 30% des aiguillages ont plus de 30 ans.

Le retard est tel qu’il faudra plusieurs années encore pour revenir à un niveau simplement normal.

Dans notre rôle d’association, nous demandons aujourd’hui dans le respect des victimes que les personnalités privées ou morales, impliquées dans cet accident assurent leurs engagements et assument leurs responsabilités.

Les victimes ont besoin de vérité.

Mais aujourd’hui, rien ne nous garanti que les financements seront possibles dans un contexte de quêtes d’économies et que les veilles techniques et fonctionnelles qui sont les piliers fondamentaux de la sécurité des usagers soient à la hauteur de la renommée de son entreprise.

La route est longue pour établir la vérité mais les victimes resteront mobilisées pour obtenir réparation, étape essentielle pour leur reconstruction.

Merci de votre présence et de votre écoute…