Il y a 10 ans, un incendie s’est déclaré dans le sous-sol du bar « Cuba Libre », situé avenue Jacques Cartier à Rouen, alors qu’une fête d’anniversaire réunissait une quinzaine de personnes dans cette salle aménagée en piste de danse. Quatorze personnes, âgées de 19 à 42 ans, sont mortes, asphyxiées par les fumées toxiques dégagées par l’incendie, et six autres ont été blessées.
Les personnes présentes se sont repliées vers un fumoir situé à l’écart de l’escalier, seule voie d’accès et d’évacuation apparente. L’unique issue de secours du sous-sol, dissimulée sous le même revêtement inflammable, s’est révélée verrouillée au moment des faits : les sapeurs-pompiers ont dû la forcer pour accéder aux victimes et achever l’évacuation.
L’enquête a établi que le sinistre a débuté au bas de l’escalier menant au sous-sol, au contact d’une bougie de type « feu de Bengale » posée sur un gâteau d’anniversaire et de plaques de mousse en polyuréthane recouvrant les murs et le plafond. Ce matériau, hautement inflammable et non classé au regard des normes de sécurité applicables aux établissements recevant du public, s’est embrasé en quelques secondes, provoquant un dégagement massif de fumées chargées de monoxyde de carbone et d’acide cyanhydrique.
L’instruction a mis en évidence que le sous-sol de l’établissement avait été transformé en salle de danse dès 2013, sans permis de construire, sans déclaration préalable et donc sans passage devant la commission de sécurité compétente. Cette transformation aurait dû entraîner le classement de l’établissement en 4ᵉ catégorie d’établissement recevant du public, avec des obligations de sécurité renforcées : système de désenfumage, alarme incendie, dégagements suffisants en nombre et en largeur, matériaux conformes aux normes de réaction au feu. Aucune de ces obligations n’a été respectée, et l’escalier desservant le sous-sol, trop étroit et au plafond trop bas, ne permettait pas une évacuation rapide en cas de sinistre.
L’ordonnance de règlement rendue par les juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Rouen retient qu’aucune de ces défaillances, prise isolément, n’aurait nécessairement causé un tel drame, mais que leur conjonction — matériaux inflammables, issue de secours verrouillée, absence de désenfumage et d’alarme, configuration dangereuse de l’escalier, dissimulation prolongée des travaux auprès des autorités et du bailleur — a créé les conditions de la catastrophe.
Une information judiciaire des chefs d’homicide involontaire et de blessures involontaires par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence a été ouverte le 9 août 2016. Nacer Boutrif, propriétaire du fonds de commerce jusqu’en 2015, et son frère Amirouche Boutrif, gérant de l’établissement au moment des faits, ont été mis en examen à ce titre. Au terme d’une instruction de plus de deux ans, les magistrats instructeurs ont ordonné, le 3 décembre 2018, leur renvoi devant le Tribunal correctionnel, considérant que les éléments réunis caractérisaient une faute suffisamment grave et prolongée dans le temps.
Le procès s’est tenu du 9 au 17 septembre 2019 devant le Tribunal correctionnel de Rouen. Le 22 octobre 2019, les deux gérants ont été condamnés à cinq ans d’emprisonnement, dont trois ans ferme, pour homicides et blessures involontaires par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence.
Une stèle commémorative a été installée à Rouen en hommage aux quatorze victimes. Chaque année, des proches et des habitants se réunissent pour leur rendre hommage. L’incendie du Cuba Libre demeure un symbole des conséquences dramatiques que peut entraîner le non-respect des règles de sécurité dans les lieux accueillant du public.
Nous avons une pensée pour les victimes décédées, les rescapées et leurs familles.





