PROCES 13 NOVEMBRE : FAUT-IL DIFFUSER DES IMAGES PLUS DURES A L’AUDIENCE ? LA QUESTION DIVISE

Aurélie Sarrot - Publié le 29 octobre 2021
Source : site de LCI

JUSTICE – Les avis sont partagés sur la nécessité de montrer de nouvelles images et diffuser d’autres extraits sonores des attaques à l’audience. Le président de la cour d’assises n’exclut pas de le faire au cours des sept prochains mois.

La question de diffuser plus d’images et de sons s’était déjà posée le 17 septembre, un peu plus d’une semaine après le début du procès. Ce jour-là, des photos de l’intérieur du Bataclan, sans victime, avaient été projetées dans la salle d’audience et une bande sonore avec des tirs de Kalachnikovs en rafale avait été diffusée dans le cadre de l’audition d’un enquêteur de la section anti-terroriste (SAT) de la Brigade criminelle.

Un peu plus d’un mois plus tard, ce jeudi 28 et vendredi 29 octobre, elle s’est à nouveau posée après qu’Arthur Dénouveaux , président de Life For Paris, a demandé à ce que soit diffusée au procès des attentats du 13 novembre 2015, un extrait des revendications des terroristes. D’une durée de 3 à 4 minutes, il provient lui aussi de l’enregistrement de plus de 2h30 capté le soir de l’attaque par le dictaphone de l’un des spectateurs. Comme le 17 septembre, plusieurs victimes ont quitté la salle d’audience avant le début de ce son qui a glacé l’auditoire.

Alors, faut-il montrer plus d’images et entendre davantage de sons pour rendre compte de la réalité de l’horreur des attaques ? Ces documents apporteront-ils quelque chose à la manifestation de la vérité ? Le président de la cour d’assises spéciale, Jean-Louis Périès se pose la question depuis plusieurs semaines. Après avoir entendu la quasi intégralité des parties civiles qui se sont constituées pour l’heure, il a demandé l’avis aux autres présidents d’associations et aux psychiatres venus à la barre. Là encore, les avis divergent.

Les témoignages suffisent-ils ?

"On a besoin de voir des images plus dures pour que les gens comprennent bien ce qu’il s’est passé, pour que l’Histoire soit racontée dans sa globalité, dans sa totalité. (…) Nous ce qu’on a entendu et ce qu’on a vu, c’est pas si simple à vivre, c’est pas léger, c’est quand même des choses très violentes, très brutales. Si vous ne les montrez pas à ceux qui doivent raconter l’Histoire pour d’autres, je pense que l’on va passer un petit peu à côté d’une partie de ce procès", avait déjà regretté Bruno, rescapé du Bataclan.

"Toutes les précautions ont été prises pour que les victimes puissent ne pas être choquées. Il y a eu très peu, voire pas de diffusion d’images difficiles et de sons. A-t-on toujours besoin de prendre ses précautions ? Je me demande si ça n’apporterait pas quelque chose au débat de montrer certaines choses ", a interrogé jeudi Arthur Dénouveaux à la barre. "Il suffit de taper dans Google "fosse" "Bataclan", pour voir des choses horribles. Ce serait peut-être étrange en 9 mois de procès de ne rien voir", a ajouté le président de Life For Paris.

Philippe Duperron, président de l’association 13Onze15 Fraternité et vérité n’a pas la même opinion."Je suis convaincu que tous les témoignages portés ici, cette horreur, cette douleur, permettent plus encore que l’image et le son de prendre la mesure des ravages des attentats. La vérité judiciaire, c’est la vérité des témoins : les enquêteurs sur place qui nous restituent l’horreur de ce qu’ils ont pu constater et la vérité des parties civiles. C’est une vérité cruelle mais qui doit être exprimée"

"Fait souffrir les victimes" et "jouir les bourreaux
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"Les victimes sont capables de tout entendre et de tout voir mais dans un phénomène de masse, il y a ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas. On a besoin de reconstituer l’histoire c’est très important", a considéré ce vendredi Marie-Claude Desjeux, présidente de la FENVAC (Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs).

Interrogé sur ce sujet également ce vendredi, le psychiatre Thierry Baubet a lui déclaré : "Mon point de vue, c’est que montrer ces images fait souffrir les victimes, jouir les bourreaux et ne permet jamais pour ceux qui n’y étaient pas d’arriver à se représenter ce qui a été vécu".

La cour tranchera sur la question.

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