Le 23 octobre 2015, quarante-trois personnes perdaient la vie dans une collision d’une violence inouïe entre un autocar transportant des retraités et un poids lourd circulant en sens inverse. Le camion et sa remorque en portefeuille, déportés dans un virage, percuta frontalement le car avant que son réservoir additionnel, installé sans homologation, ne s’embrase instantanément. Précédant le feu, des gaz ultra-toxiques se propagèrent à une vitesse fulgurante, piégeant les passagers à bord. Seules huit personnes parvinrent à s’extraire du véhicule avec l’aide du conducteur. Cette catastrophe, la plus meurtrière sur les routes françaises depuis celle de Beaune en 1982, bouleversa la nation et marqua durablement la mémoire collective.
Dès les premiers jours, une information judiciaire fut ouverte pour homicides et blessures involontaires. Le Bureau d’enquêtes sur les accidents de transport terrestre (BEA-TT) et plusieurs experts furent mandatés pour déterminer les causes exactes du drame. Trois questions guidaient les investigations : pourquoi le camion s’était-il déporté, comment l’incendie s’était-il déclenché, et pourquoi le feu s’était-il propagé si rapidement ? Les experts relevèrent notamment des modifications non conformes sur le poids lourd, comme un réservoir de carburant additionnel non autorisé, susceptible d’avoir aggravé l’incendie. Cependant, aucune preuve irréfutable ne permit d’établir un lien de causalité direct entre ces anomalies et le déclenchement du feu.
Après plusieurs années d’instruction, le Juge d’instruction de Libourne rendit en octobre 2021 une ordonnance de non-lieu, estimant qu’aucune charge suffisante ne justifiait le renvoi d’une personne devant le Tribunal correctionnel et le seul responsable direct désigné, le conducteur du camion étant décédé dans l’accident. La Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Bordeaux confirma cette décision en juin dernier, provoquant la stupeur et la consternation des familles. Pour beaucoup, ce non-lieu équivaut à une négation de la gravité des faits et de la mémoire des victimes, d’autant que plusieurs éléments techniques pointaient vers des défaillances structurelles évitables. Cette issue suscita alors une profonde incompréhension, une colère persistante et un sentiment d’injustice chez de nombreuses familles de victimes.
Nombre d’entre elles dénoncent « une honte ». Les proches ont exprimé leur immense déception face à ce qu’ils perçoivent comme un « effacement des responsabilités ». Ils ont dénoncé l’idée qu’un tel drame puisse être classé sans suite, alors que des manquements matériels ont été constatés. « Aujourd’hui, on a le droit de tuer dans les normes et on ne peut rien y faire », déplore Guillaume Buisson, vice-président du Collectif des victimes, soulignant que le respect apparent des règles ne garantit pas toujours la sécurité. Cette décision, vécue comme un choc moral et judiciaire, a laissé un profond sentiment d’injustice au sein du collectif des victimes.
Les représentants des familles ont décidé de se pourvoir en cassation, soutenus par la FENVAC. Ce recours symbolise leur volonté de ne pas laisser s’éteindre la quête de vérité et de reconnaissance. Dix ans après les faits, les plaies demeurent vives, et la mémoire des quarante-trois victimes continue d’appeler à la vigilance, à la responsabilité et à la nécessité d’un véritable droit à la justice pour toutes les victimes d’accidents collectifs.
Une stèle commémorative a été érigée à l’entrée de Puisseguin, sur les lieux du drame, en hommage aux quarante-trois victimes ; elle demeure un lieu de recueillement et de mémoire où chaque année, les familles et la commune se rassemblent pour honorer celles et ceux qui ont perdu la vie ce matin d’octobre 2015. Nous leur rendons hommage et avons une pensée pour les rescapés et leurs familles.






