PROCÈS LAFARGE : LE TRIBUNAL A RENDU SA DECISION

Le 13 avril 2026, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son délibéré dans l’affaire Lafarge, un procès inédit mettant en cause une multinationale française pour ses activités en Syrie en pleine guerre civile.

L’affaire Lafarge concerne des activités de financement indirecte du terrorisme en Syrie entre 2011 et 2014, pendant la guerre civile. Pour maintenir en fonctionnement une cimenterie dans le nord du pays, l’entreprise a reconnu avoir versé de l’argent à des groupes armés, dont l’état islamique, le daech. Après une plainte avec constitution de partie civile déposé en 2016 par l’ONG Sherpa, L’ECCHR (Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits humains) et des anciens employés syrien, l’enquête du Parquet National Anti-Terroriste a révélé que Lafarge a versé plusieurs millions d’euros à des groupes djihadistes, afin de garantir : la sécurité de ses installations et la libre circulation des marchandises. Suite à cela, s’est ouvert un procès devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procès dont le délibéré a été rendu ce 13 avril 2026, s’est tenu du 4 novembre au 19 décembre 2025.

Le tribunal correctionnel de Paris a rendu une décision d’une sévérité exceptionnelle dans ce dossier. Il y avait au total, huit accusés. Christian Herrault, directeur général des opérations de Lafarge SA a été condamné à cinq ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt, 225 000 euros d’amende et une peine complémentaire de confiscation de 476 000 euros et 320 000 euros. Il est condamné solidairement à payer l’amende douanière de 4,57 millions d’euros. Bruno Lafont, Président directeur général de Lafarge SA a été condamné à six ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt, 225 000 euros d’amende et une confiscation de 2 millions d’euros. Il a été condamné solidairement à payer l’amende douanière de 4,57 millions d’euros. Bruno Pescheux, ancien directeur d’usine a été condamné à cinq ans d’emprisonnement, 225 000 euros d’amende, une peine complémentaire de 182 000 euros et condamné solidairement à payer l’amende douanière de 4,57 millions d’euros. Amro Taleb, intermédiaire local a été condamné à trois ans d’emprisonnement avec mandat d’arrêt et 60 000 euros d’amende. Firas Tlass a été condamné à sept ans d’emprisonnement avec mandat d’arrêt et 225 000 euros d’amende. Frédéric Jolibois a été condamné à trois ans d’emprisonnement dont deux ans de sursis qui sera exécuté sous le régime de la détention à domicile, 80 000 euros d’amende et une peine de confiscation de 150 000 euros. Il a également été condamné solidairement à payer l’amende douanière de 4,57 millions d’euros. Jacob Waerness a été condamné à dix-huit mois d’emprisonnement, 20 000 euros d’amende et une interdiction définitive du territoire. Ahmad Al Jaloudi quant à lui a été condamné à deux ans d’emprisonnement avec mandat d’arrêt international et 20 000 euros d’amende. La société Lafarge a, pour sa part, été condamnée à 1,125 million d’euros d’amende pénale et à 4,57 millions d’euros d’amende douanière, en plus de mesures de publication judiciaire. La décision doit être publiée et affichée sur la porte du siège social de la société et dans Les Échos.

Le tribunal a justifié cette sévérité en retenant l’existence d’un « véritable partenariat commercial » avec l’état islamique, estimant que les financements versés avaient contribué à ses capacités opérationnelles, y compris pour la préparation des attentats en Europe. Bruno Pescheux, Christian Herrault et Bruno Lafont ont fait appel de la décision.

Quant à la recevabilité des constitutions de partie civiles physiques, le tribunal a adopté une approche restrictive. Bien que le tribunal reconnaisse que ces financements ont participé à l’expansion de l’organisation terroriste et à la réalisation d’attentats, il a déclaré irrecevables les constitutions de parties civiles des victimes physiques, considérant que le financement du terrorisme constitue un « délit obstacle » ne causant pas de préjudice direct juridiquement indemnisable. Cette position crée une situation paradoxale, dans laquelle les victimes sont reconnues mais non comme victimes directes de l’infraction poursuivie. Mais celles-ci n’en sont pas pour autant absentes de la procédure. Leur voix a été portée par la FENVAC. En tant qu’association ayant pour objet la représentation des victimes d’attentats et la lutte contre le terrorisme, la FENVAC a ainsi permis d’assurer une présence et une reconnaissance des intérêts des victimes dans le débat judiciaire.

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